mardi 21 février 2012

Et si les sondages n'existaient pas?


Amusant! Cela fait plusieurs jours que la question me trotte dans la tête et, au moment où je me décide à jeter quelques idées sur le sujet, je consulte sur Google ce qui a pu être dit là-dessus. Figurez-vous qu'un livre a été écrit, à l'automne 2011, avec le même titre que j'ai donné au présent article. Le moteur de recherches regorge de posts consacrés à ce bouquin. Je m'étais fixé comme objectif d'imaginer ce que pourrait être une campagne électorale sans sondage. Par contre, le livre est l'oeuvre du fondateur et actuel président de l'institut de sondage OpinionWay, qui, bien entendu, ne poursuit pas le même but que moi, semble-t-il, puisque, je suppose à travers ce que j'ai lu, qu'il tente de justifier l'existence de cette pratique. 
En ce qui me concerne, pas d'historique, ni d'exposé technique: je n'ai pas d'idée a-priori. Je souhaite simplement savoir si nous pourrions vivre les élections prochaines sans sondage quotidien...

A quoi servent les sondages?

Je vous renvoie aux ouvrages savants qui ont été écrits sur la fiabilité des sondages. Admettons qu'ils le soient... Il apparait que les sondages, dans le cadre d'une campagne politique (ce sont ceux auxquels je bornerai cette réflexion) soient un moyen, à un instant t, de savoir quel serait le résultat de l'élection prochaine, présidentielle en l'occurrence. Ils peuvent également renseigner sur les prévisions de vote de différents groupes repérés dans l'opinion publique (répartis par âge, sexe, activité professionnelle...). D'autres interrogent le panel des personnes sondées sur telle ou telle question de société: par exemple, êtes-vous pour ou contre la peine de mort, l'avortement ou le nucléaire, en essayant de les répartir selon leurs préférences politiques.  

Que nous apportent les sondages?

A ceux qui suivent la politique de près ou même de plus loin, la parution de sondages permet de suivre l'évolution des intentions de vote concernant les candidats et donne l'occasion à certains, de s'intéresser à la chose politique.
Pour les politiques eux-mêmes, les sondages peuvent interférer dans le déroulement de leur campagne. Ainsi Boutin et Morin viennent-ils d'abandonner la course parce que les sondages "ne décollaient pas". De même Sarkozy, vu la grave défaite prévue dans un second tour, face à François Hollande, a-t-il droitisé sa campagne pour regagner des électeurs tentés par le FN. Rien ne dit qu'il ne reviendra pas ensuite vers le centre pour capter les électeurs séduits par F. Bayrou. Autre exemple: la banalisation (relative...) du positionnement de M. Le Pen semblerait lui avoir fait perdre un peu de terrain, au profit de Sarkozy: il est probable qu'elle devra donner des gages à ses électeurs traditionnels tentés par le Président-candidat...

Que peut-on reprocher aux sondages?

On peut se demander s'ils ne façonnent pas eux-mêmes les prises de position des futurs électeurs. Un candidat, qui apparaitrait avoir le vent en poupe dans les sondages, ne se verrait-il pas porter plus avant par l'effet grossissant des prévisions? En dehors de ceux qui sont campés dans leurs préférences partisanes (je vote toujours PS ou UMP ou écologiste), ce qui peut faire changer d'avis un électeur indécis, c'est la campagne elle-même et, notamment, le feu médiatique, mais aussi les idées défendues par les candidats. Or la montée d'un candidat dans les sondages, pas toujours explicable, peut, par une sorte d'emballement, faire monter encore plus les estimations concernant ce candidat. En d'autres termes, les sondages pourraient avoir leur propre effet irrationnel sur les sondés. Phénomène difficile à percevoir mais dont on sent bien qu'il existe. Cela a déjà joué pour Bayrou et Chevènement lors de précédentes élections...Evidemment, c'est toute la question de la poule et de l'oeuf: qui a préexisté?
C'est, d'ailleurs, en partie pour cela que les sondages ont été interdits de diffusion une semaine avant l'élection. Mais, interdiction contournée par Internet qui se moque des frontières, puisque la presse étrangère se fait un plaisir de relayer ces sondages. 

 
Alors, faut-il interdire les sondages?

Difficile de revenir en arrière en la matière. On l'a vu, leur intérêt permet à des citoyens de s'intéresser, bien en amont, à l'élection. Les partis en ont un usage fondamental pour leur stratégie. Mais, a contrario, nous avons vu combien ils peuvent fausser un scrutin. Alors?
Tentons d'esquisser une solution, entre le refus total et le raz-de-marée quotidienque nous vivons:
- n'importe quel parti ou média pourrait demander un sondage sans en faire état publiquement;
- les résultats de ces sondages pourraient paraître à dates fixes (tous les 15 jours par exemple);
- interdiction de demander un sondage dans les 8 derniers jours précédant la date de scrutin...

Bien entendu, de telles propositions devraient donner lieu à un accord passé avec les partis politiques, les organes de presse et les instituts de sondage...Pour 2017?

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